Un psychiatre condamné pour un meurtre commis par un de ses patients

Écrit par le Groupe de Rédaction le .

L'hôpital psychiatrique de Saint-Egrève (Isère), en 2008. Photo Philippe Merle. AFP

Un médecin de l'hôpital de Saint-Egrève, qui suivait un schizophrène qui a poignardé un étudiant en pleine rue de Grenoble, a été condamné à dix-huit mois de prison avec sursis.

 

C’est une affaire rarissime en France qui risque de secouer le milieu de la santé mentale : la condamnation d’un psychiatre pour des actes commis par un patient. A l’issue du procès du Dr Lekhraj Gujadhur, poursuivi pour homicide involontaire après le meurtre d’un passant en 2008 par un de ses malades atteint de schizophrénie, le jugement du tribunal correctionnel de Grenoble est tombé mercredi  : 18 mois de prison avec sursis. L’établissement psychiatrique où travaillait ce médecin à Saint-Egrève (Isère), également poursuivi, a lui été relaxé. Le Dr Gujadhur, aujourd’hui retraité, va faire appel de sa condamnation selon son avocat.

En 2012, une psychiatre libérale avait déjà été condamnée à de la prison avec sursis à Marseille dans une affaire similaire, mais elle avait été relaxée en appel pour cause de prescription des faits.

Le meurtre d’un passant, en novembre 2008, avait frappé les esprits. Nicolas Sarkozy, alors président de la République, avait dénoncé ce fait divers, pointant la dangerosité de certains grands malades, et s’était alarmé de ceux qui renvoyaient ce crime à la fatalité. Il posait brutalement la question de la dangerosité potentielle de certains patients.

Errance entre les différents services

L’histoire était édifiante. Le 12 novembre 2008, Jean-Pierre Guillaud, 56 ans, atteint de psychose délirante chronique depuis près de quatre décennies et déjà auteur d’agressions à l’arme blanche mais autorisé à des sorties non surveillées dans le parc de l’établissement, s’était échappé de l’hôpital. Il a pris le car pour le centre de Grenoble à une dizaine de kilomètres, s’est acheté un couteau et a tué le premier venu dans la rue, un jeune étudiant de 26 ans, Luc Meunier, qui finissait un doctorat en génie mécanique. L’instruction avait montré une prise en charge sans aucune cohérence de ce patient, par à-coups, le malade errant entre différents services et hôpitaux pendant des années. Peu avant les faits, alors qu’il était hospitalisé, celui-ci n’avait rencontré aucun médecin. « Ce patient était connu. Il a tenu des propos délirants et inquiétants les jours précédant le meurtre, a raconté lors du procès Me Gerbi, avocat de la partie civile. Or, il n’a pas eu le moindre contact avec un médecin psychiatre ces jours-là. »

« Ce jugement est lourd de dérives »

A cette époque, l’hôpital psychiatrique de Saint-Egrève fonctionnait mal avec des équipes très isolées les unes des autres. L’avocat du psychiatre avait argumenté qu’il n’y avait pas de faute de la part de son client, et ce qui s’était passé était de l’ordre d’un accident médical : « Je compatis à la douleur de la famille, mais la réparation ne peut venir que d’un juge administratif qui doit être saisi en cas d’accident médical », avait-il plaidé.

« Ce jugement est lourd de dérives, réagit un psychiatre hospitalier. On ne peut pas prévoir. Laisser croire que l’on peut éliminer tous les risques est un leurre. Il y a des choses qui nous échappent. »

 

 

par l'Libération

www.liberation.fr

Tags: CHS Saint-Égrève Psychiatrie Jugement